* * *
Éminence, cher Cardinal Jean-Marc Aveline, Archevêque de Marseille,
Cher Professeur Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio,
Distingués congressistes,
Mesdames et Messieurs,
Chers frères et sœurs dans le Christ,
Quarante ans se sont écoulés depuis le jour où le Pape Jean-Paul II rassembla à Assise des représentants des Églises chrétiennes et des religions du monde, pour qu’ils prient, chacun selon sa propre tradition, pour la paix. Sur la place inférieure de la Basilique Saint-François, le 27 octobre 1986, il déclara : « La paix porte le nom de Jésus-Christ ».[1] Nous sommes venu à d’autres occasions dans cette même ville mu pour une intention similaire, comme lors de la rencontre de septembre 2016 qui avait pour titre « Soif de paix »,[2] et nous revenons aujourd’hui en cette année où l’Église de Rome célèbre les huit cents ans depuis la dormition de saint François, le pauvre d’Assise, qui reposa dans le Seigneur le 3 octobre 1226.[3] Nous exprimons notre profonde gratitude aux organisateurs pour leur invitation, à Son Éminence le Cardinal Aveline, avec qui nous avons l’honneur de partager aujourd’hui cette tribune, ainsi qu’à notre très cher professeur Riccardi. Avec la Communauté de Sant’Egidio, celui-ci témoigne depuis des décennies, par son engagement auprès des plus pauvres et son inlassable travail en faveur de la réconciliation entre les peuples, de la fécondité concrète d’une mission vécue au service de l’Évangile et de la fraternité humaine.
https://www.youtube.com/live/tLiOEWbCCow
Le thème qui nous a été confié nous invite à un regard rétrospectif, à l’heure où s’impose un bilan. En octobre 1991, le Saint et Sacré Synode du Trône œcuménique nous élut Archevêque de Constantinople et Patriarche œcuménique. Nous voici aujourd’hui au terme de trente-cinq années de ministère patriarcal. Nous n’entreprendrons pas d’en retracer ici cette période dans le détail. Ce chemin fut jalonné de joies et d’épreuves ; il exigea aussi des efforts considérables, souvent silencieux, parfois imperceptibles aux yeux du monde, mais non moins essentiels à l’accomplissement de notre mission. Nous nous attacherons plutôt à quelques moments qui nous paraissent directement liés au thème de ce Forum. Nous vous prions de nous pardonner si ce choix nous conduit à laisser dans l’ombre d’autres aspects qui auraient, eux aussi, mérité d’être évoqués et approfondis.
Mais que signifie pour nous « Orient » ? Le mot a pour l’Église un sens plus ancien que toute géographie. Zacharie, le père du Précurseur, rempli de l’Esprit Saint, bénit Dieu « à cause des entrailles de miséricorde de notre Dieu, par lesquelles l’Orient d’en haut nous a visités » (Lc 1, 78), et des siècles plus tôt le prophète, dans la traduction de la Septante, avait dit du Messie à venir : « Voici un homme, Orient est son nom » (Za 6, 12). À partir de passages comme ceux-ci, les fidèles ont appris à prier tournés dans la direction où se lève le soleil et à chanter à Noël le Sauveur comme « Orient des orients ». Orient, dans le langage de l’Écriture, est l’un des noms du Christ. Lorsque nous parlons de l’Orient de l’Église, nous avons à l’esprit, avant tout lieu, une attitude de vie : le fait, pour l’humanité, de se tenir tourné vers Celui qui se lève et d’attendre de Lui la lumière.
La tradition conservée en Orient à travers les siècles, la théologie des Pères, les définitions des Conciles œcuméniques, la divine Liturgie avec ses paroles et ses gestes, l’expérience des ascètes, cette tradition est vivante et elle se transmet de génération en génération au sein de l’assemblée eucharistique. Autour de la sainte Table se constitue l’Église, et là elle se manifeste chaque fois comme communion de personnes, à l’image de la communion du Père et du Fils et du Saint-Esprit. L’existence tout entière, lorsqu’on la contemple à la lumière du Dieu trinitaire, est communion.[4] De cette vision théologique découle quelque chose de très concret pour un Patriarcat, comme le Patriarcat œcuménique, et nous essaierons d’en faire état dans le langage de notre propre expérience.
Communauté somme toute réduite, le Patriarcat œcuménique est présente, depuis des siècles, à Constantinople, aujourd’hui Istanbul, que nous appelons aussi avec affection la Ville. Voilà trente-cinq ans que nous servons depuis le Phanar, sachant que le troupeau qui nous entoure compte quelques milliers d’âmes, tandis que la responsabilité que l’ordre canonique de l’Église a confiée à notre Église s’étend bien au-delà des murailles de la Reine des villes. Ce paradoxe nous a beaucoup appris avec le temps. Nous avons appris que le titre « œcuménique », que porte le Trône depuis le VIe siècle, désigne un devoir en faveur de l’unité et du témoignage de l’Église au sein de l’oikoumène, et que ce devoir s’exerce sous la forme d’un humble service. Nous avons appris aussi la patience. L’École théologique de Halki, fondée en 1844, qui a formé des générations de clercs et de théologiens pour toute l’Orthodoxie, demeure fermée depuis 1971. Nous n’avons jamais cessé de demander sa réouverture, et nous ne cesserons pas, car une Église qui ne peut former son propre clergé sur sa propre terre est blessée au cœur même de sa mission. Le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, réuni en Crète en 2016, a formulé dans son Encyclique la raison pour laquelle il vaut la peine de persévérer : « L’Église ne vit pas pour soi. Elle s’offre pour l’humanité tout entière ».[5]
De l’Orient vers le monde : ce mouvement est aussi ancien que l’Église elle-même. Le Seigneur envoya Ses disciples pour qu’ils soient Ses témoins « jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8), et de Constantinople partirent, au IXe siècle, les saints Cyrille et Méthode, pour offrir aux Slaves l’Évangile et la Liturgie dans leur propre langue. Pour y parvenir, ils composèrent un alphabet qui n’existait pas, le glagolitique, et y traduisirent les textes sacrés. Cette méthode, que l’Église parle à chaque peuple dans sa propre langue, demeure l’approche missionnaire du Patriarcat œcuménique. Dans ses éparchies, qui s’étendent sur tous les continents, de la Corée et de Hong Kong jusqu’à la Nouvelle-Zélande et au Mexique, et dans les grands Archevêchés d’Amérique, d’Europe et d’Australie, la catéchèse se fait en coréen, en espagnol, en anglais et dans toutes les langues que parlent aujourd’hui nos fidèles. Des livres liturgiques sont traduits, des clercs issus des pays mêmes sont ordonnés, des écoles catéchétiques et des camps pour les enfants fonctionnent, et une chose que nous disons rarement en public : les nouveaux catéchumènes nous transforment, nous aussi. Par leurs questions, ils nous invitent à redécouvrir des aspects de notre foi que la force de l’habitude avait parfois relégués à l’arrière-plan.
Dans l’Orthodoxie, la catéchèse passe par bien des chemins. Le néophyte apprend la foi en écoutant les hymnes, dans lesquels les grands hymnographes ont mis la théologie dogmatique en vers et en musique, en regardant les icônes, que notre tradition appelle une théologie en couleurs, et surtout en participant à la divine Liturgie, où les mystères de la foi s’accomplissent sous nos yeux et nous y unissent. L’Église d’Orient a toujours confié à son culte la plus grande part de son enseignement. Il en va de même du monachisme, qui, au Mont Athos, sous la juridiction spirituelle du Trône œcuménique, poursuit sans interruption une vie de prière et d’ascèse de plus de mille ans, et accueille aujourd’hui des pèlerins et des moines venus de pays qui, il y a quelques décennies, n’avaient jamais entendu son nom.
Que transmet cette catéchèse ? L’essentiel tient en deux mots, qui retentissent la nuit de Pâques en des dizaines de langues : « Χριστὸς ἀνέστη ! », le Christ est ressuscité. L’apôtre Paul de déclarer : « Et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine » (1 Co 15, 14). De la Résurrection prennent sens les dogmes et les canons, l’ascèse, et même l’architecture de nos églises, qui sont tournées vers l’orient. L’icône de la Résurrection, telle que l’a représentée l’art byzantin, respecte le silence des Évangélistes sur l’instant même du mystère et montre le Christ descendant dans les enfers, foulant ses portes brisées et saisissant par les mains Adam et Ève, le premier homme, c’est-à-dire le genre humain tout entier, pour les relever avec Lui. Il vaut la peine, ensuite, de prêter attention à un détail de l’Évangile selon Jean. Lorsque le Seigneur ressuscité apparut aux disciples « les portes étant fermées », Il les salua par une parole de paix et, d’un même souffle, les envoya dans le monde : « La paix soit avec vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). Salutation et envoi se trouvent dans le même verset. L’Église qui proclame la Résurrection doit proclamer en même temps la paix, comme un don qu’elle a reçu elle-même, avant de l’offrir aux autres.
Il y a dans la vie liturgique de l’Orient une heure qui résume, sans beaucoup de paroles, toute la mission de l’Église. Le prêtre sort du sanctuaire obscur, tenant un cierge pascal allumé, et appelle le peuple : « Venez, prenez la lumière de la Lumière sans déclin ». Cette unique lumière se partage, l’un après l’autre, tous les cierges de l’église, et ensuite les fidèles l’emportent avec eux au-dehors, dans les rues, dans leurs maisons. C’est ainsi que nous voudrions que s’accomplisse aussi notre mission, de main en main, de personne à personne, sans pression et sans calcul, dans la joie de celui qui donne quelque chose qui ne lui appartient pas. Le souhait de l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains le dit avec ses propres mots, et il lie même l’espérance à la joie en une seule phrase : « Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix dans la foi » (Rm 15, 13).
La joie des chrétiens possède sa propre provenance. Le Seigneur la promit aux disciples le soir qui précéda Sa Passion, à l’heure où ils étaient traversés par la tristesse : « mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et nul ne vous ravira votre joie » (Jn 16, 22). C’est une joie qui coexiste avec l’affliction et ne dépend pas des circonstances. Nous l’avons rencontrée maintes fois en ces trente-cinq années, là où les calculs humains ne s’y attendaient pas, dans de petites communautés de la diaspora, chez des personnes venues à l’Orthodoxie après une longue quête, au Phanar même pendant les heures difficiles, lorsque la divine Liturgie du dimanche était célébrée comme toujours et que le peuple, peu nombreux, venait communier.
Au service de ce témoignage se trouve aussi l’unité des Églises orthodoxes, qui nous a occupée tout au long de ces années, souvent de manière douloureuse. Les premières années de notre patriarcat coïncidèrent avec la sortie des Églises orthodoxes d’Europe orientale de décennies de persécutions, et leur renaissance fut un don de Dieu et en même temps un défi pour nous tous, car il nous fallait réapprendre à vivre et à décider comme une seule Église. Très tôt, nous avons convoqué au Phanar des Synaxes des Primats, car nous croyions, et nous croyons encore, que les Églises orthodoxes, autocéphales et égales en honneur, doivent se rencontrer et décider ensemble de ce qui les concerne toutes. La longue préparation du Saint et Grand Concile, commencée des décennies avant notre élection, s’acheva en Crète à la Pentecôte de 2016, et nous avons eu la grande joie de présider ses travaux. Toutes les Églises ne s’y trouvèrent pas, et leur absence était une souffrance. Le Concile, toutefois, a eu lieu, et ses textes ont été offert à la vie de l’Église pour qu’elle les reçoive et les vive. Le commandement de l’apôtre, nous le méditons souvent : « vous efforçant de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » (Ep 4, 3). Le participe « σπουδάζοντες » signifie l’empressement, la hâte même, comme lorsque l’homme court pour atteindre à temps quelque chose qui risque d’être perdu. La primauté, telle que la comprend la tradition orthodoxe, s’exerce au sein de la synodalité et elle est à son service.Le premier parmi les évêques est appelé à convoquer et à servir la concorde des frères.
Le dialogue avec l’Église catholique romaine, nous l’avons reçu de nos prédécesseurs comme une grâce. Le Patriarche œcuménique Athénagoras et le Pape Paul VI, de bienheureuses mémoires, échangèrent le baiser de la charité à Jérusalem en janvier 1964, et le 7 décembre 1965, le même jour à Rome et au Phanar, les anathèmes de 1054 furent levés de la mémoire de l’Église. Le « dialogue de la charité », comme l’appelait Athénagoras, précéda le dialogue théologique, « de la vérité » qui commença officiellement en 1980, à Patmos et à Rhodes. L’ordre de cette séquence est significatif. Deux Églises qui avaient appris à se regarder avec suspicion avaient d’abord besoin de se reconnaître à nouveau comme sœurs, pour pouvoir ensuite parler avec sincérité de ce qui les sépare. L’éloignement de l’Orient et de l’Occident mûrit lentement, au fil des siècles. Leur estrangement précéda l’année fatidique de 1054, tant les changements politiques et culturels poussèrent les deux mondes dans des directions différentes.[6]
La réconciliation, par conséquent, demande aussi du temps. Au premier millénaire, l’Orient et l’Occident vécurent dans la même réalité de communion avec des langues liturgiques différentes et des expressions théologiques différentes, et cette diversité ne fut pas considérée comme une menace pour l’unité de la foi, tant que les Églises reconnaissaient l’une en l’autre la même foi des apôtres. Le souvenir de cette époque nous fournit un exemple pour l’avenir, sans nous demander de remonter le temps. Au cours des trente-cinq années de notre ministère patriarcal, nous avons vu le dialogue théologique traverser des périodes d’espérance et des périodes de difficulté. Le dialogue se poursuit. La Commission mixte internationale a remis aux Églises des textes qui explorent, avec patience et avec probité, nos racines communes qui plongent dans l’ecclésiologie eucharistique du premier millénaire et dans l’articulation de la synodalité et de la primauté. La Commission mixte étudie désormais des questions difficiles, celles qui ont pesé davantage sur notre séparation. Nous ne vous fatiguerons pas avec les détails. Nous dirons seulement que ce dialogue demande deux vertus essentielles, que l’apôtre Paul a liées en un seul participe : « professant la vérité dans la charité » (Ep 4, 15). Le participe grec « ἀληθεύοντες » embrasse la parole et la vie dans son ensemble : que l’homme dise la vérité et vive selon elle, au sein d’une relation d’amour qui ne s’interrompt pas lorsque le dialogue devient difficile. Il faut aussi du temps pour que les textes parviennent des salles des Commissions aux facultés de théologie et aux paroisses, jusqu’à devenir conscience des fidèles, sans laquelle aucun accord ne peut être reçu. L’an dernier, à Nicée de Bithynie, mille sept cents ans après le Ier Concile œcuménique, nous avons prié avec notre frère Sa Sainteté le Pape Léon et confessé le même Symbole de la foi, le Fils « consubstantiel au Père ». Ce qui nous unit est plus ancien que ce qui nous sépare, et cela, nous nous en sommes souvenu là-bas, sur les rives du lac, d’une manière profonde et indescriptible.
Il existe aussi un autre dialogue, silencieux, que mènent sans le rechercher les martyrs de notre temps. Ceux qui persécutent aujourd’hui des chrétiens au Moyen-Orient, en Afrique ou ailleurs ne demandent pas à quelle Église appartiennent leurs victimes. Le sang des néomartyrs, chrétiens de toute confession, est versé pour le même nom, et l’Église, qui depuis les premiers siècles vénère les reliques des martyrs sur lesquelles elle fonde ses autels, ne peut rester indifférente devant cette unité qui précède nos décisions. L’Église de Constantinople sait par son histoire ce que signifie le témoignage en des temps difficiles, et elle honore dans son calendrier une multitude de néomartyrs.
L’espérance de l’unité, l’Église orthodoxe ne l’abandonnera pas. Nous la fondons sur la promesse du Seigneur au sujet du Paraclet : « Quand il sera venu, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité » (Jn 16, 13). Le jour et l’heure, Dieu les connaît. L’Esprit Saint, qui « constitue toute l’institution de l’Église », comme nous le chantons à la Pentecôte, peut illuminer nos intelligences et ouvrir des chemins que nous ne voyons pas aujourd’hui. Lorsque, par Son illumination, l’unité dans la foi sera rétablie, nous nous trouverons en pleine communion, et la communion à l’unique Calice scellera un chemin qui sera alors parvenu à son terme. Ce jour, nous le désirons comme le veilleur de nuit désire le matin, et nous le demandons à chaque divine Liturgie, dès ses toutes premières paroles, lorsque le diacre prie « pour la paix du monde entier, pour la stabilité des saintes Églises de Dieu et pour l’union de tous ». Et la prière du Seigneur avant la Passion, « afin que tous soient un » (Jn 17, 21), nous enjoint à ne pas nous habituer à la séparation comme à une chose naturelle. Le Saint et Grand Concile, dans le document « Relations de l’Église orthodoxe avec l’ensemble du monde chrétien », se conclut par une prière que nous faisons nôtre aujourd’hui encore : « Nous prions pour que les chrétiens œuvrent en commun afin que le jour soit proche où le Seigneur comblera l’espoir des Églises orthodoxes : “Un seul troupeau, un seul berger” ».[7]
« Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9). Le Patriarcat œcuménique exerce sa mission dans un contexte marqué par le retour de la guerre en Europe et dans les Balkans. Tout au long de son histoire, son cheminement ecclésial a été jalonné de conflits dans le Caucase, au Moyen-Orient et en Afrique, avant que, ces dernières années, la guerre ne fasse à nouveau rage sur le sol européen. En février 1994, à Constantinople, nous avons signé avec des représentants d’autres communautés religieuses la Déclaration du Bosphore, qui, s’appuyant sur la Déclaration de Berne de 1992, a réaffirmé sans détour qu’« un crime commis au nom de la religion est un crime contre la religion ».[8] Cette même conviction, approfondie et mûrie au fil de vingt-deux années, a été formulée dans le Message du Saint et Grand Concile : « Le baume de la foi doit servir à panser et à guérir les plaies anciennes d’autrui et non pas à raviver de nouveaux foyers de haine ».[9] Invoquer le nom de Dieu pour justifier le meurtre constitue, aux yeux de l’Église, un véritable blasphème.
La paix dont parle l’Évangile a un visage. « Car il est notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation » (Ep 2, 14). Le mur de séparation, le mur qui, dans le Temple, séparait les Juifs des païens, a été abattu par la Croix. De là provient le devoir de l’Église d’être présente là où s’élèvent de nouveaux murs de séparation, entre les peuples ou entre riches et pauvres, de prier et d’intercéder à temps et à contretemps. À Constantinople, où différentes communautés religieuses coexistent depuis des siècles, le Patriarcat œcuménique s’est attaché, au fil des années, à maintenir vivant le dialogue avec l’islam et le judaïsme. Il s’est également efforcé de faire entendre sa voix en faveur des persécutés, chrétiens et non chrétiens, ainsi que réfugiés et migrants, afin que les puissants de ce monde ne les réduisent pas à de simples données, oubliant les visages, les histoires et la dignité de chaque être humain. Il n’a pas toujours pu accomplir tout ce qu’il aurait souhaité. Le ministère de la réconciliation, dont parle l’apôtre Paul (Cf. 2 Co 5, 18), est une œuvre de longue haleine, dont les fruits mûrissent avec le temps.
Lorsqu’en 1989, notre prédécesseur le Patriarche œcuménique Dimitrios, de bienheureuse mémoire, institua le 1er septembre, début de l’année ecclésiastique, comme jour de prière pour la protection de l’environnement naturel, il posa un fondement sur lequel nous avons été appelé à bâtir. Dès lors chaque année, le Phanar publie un message en faveur de la protection de la création. Ceux qui se sont penchés sur ces textes y ont reconnu, dans leur continuité, un appel constant à la vigilance et à la prière.[10] Vinrent ensuite les séminaires de Halki et les symposiums « Religion, Science et Environnement », qui nous conduisirent sur les eaux du monde, de la mer Égée au Danube, de l’Amazone à l’Arctique. Théologiens et scientifiques y apprirent à croiser leurs regards sur le monde que nous habitons et dont nous avons la responsabilité. À Santa Barbara, en Californie, en novembre 1997, nous prononçâmes une phrase que notre frère le pape François devait reprendre à son compte dix-huit ans plus tard, dans l’encyclique Laudato si’, dont le titre reprend le chant de louange de saint François d’Assise : « Commettre un crime contre le monde naturel est un péché contre nous-mêmes et un péché contre Dieu. ».[11] Cette phrase a cheminé de l’Orient vers l’Occident, avant de nous revenir, marquée du sceau de Rome. Nous reconnaissons là, nous aussi, l’un des fruits de notre dialogue.
L’Écriture donne au sujet sa mesure. « Au Seigneur est la terre et tout ce qui la remplit » (Ps 23, 1) ; l’homme fut placé dans le paradis « pour le cultiver et pour le garder » (Gn 2, 15), et la création, qui a subi avec lui les conséquences de la chute, « soupire et souffre les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce jour » (Rm 8, 22), attendant la liberté des enfants de Dieu. La crise écologique est, au fond, une crise de notre manière de nous comprendre nous-mêmes et de considérer notre prochain. Elle frappe d’abord les plus pauvres, ceux qui n’ont nulle part où se réfugier lorsque les sources se tarissent ou que la mer gagne du terrain. Les jeunes, qui hériteront de la terre que nous leur laisserons, en perçoivent souvent les enjeux avant nous et nous demandent des comptes. Face à cette crise, l’Église propose un éthos eucharistique et ascétique, fondé sur la tempérance et la gratitude. Dans le message que nous avons publié cette année, le 1er septembre, nous avons rappelé que le développement d’une responsabilité écologique est devenu pour l’humanité un « impératif catégorique ». Nous y avons également souligné la vocation de l’être humain à devenir « prêtre » de la création.[12] Le prêtre prend en ses mains les dons de la terre, le pain et le vin, et les offre à Dieu dans un mouvement d’action de grâce. De même, chaque être humain est appelé à offrir le monde à son Créateur.
Chers frères et sœurs en Christ,
Nous avons laissé pour la fin un sujet que nous considérons comme fondamental. L’amour de l’Église et les combats de l’Orthodoxie que nous avons évoqués jusqu’ici ont un même centre : l’être humain, chaque être humain, sans distinction aucune. Le Saint et Grand Concile l’a affirmé avec clarté dans son document sur la Mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain : « L’Église orthodoxe confesse que chaque être humain – indépendamment de couleur, de religion, de race, de sexe, de nationalité et de langue – est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et qu’il jouit des mêmes droits dans la société ».13] La couleur de la peau, l’origine ethnique, la langue, la religion, le sexe ou la condition sociale ne sauraient rien ajouter ni retrancher à la dignité de l’être humain, créé à l’image de Dieu. Cette conviction trouve son fondement dans l’Écriture sainte. S’adressant aux Athéniens à l’Aréopage, l’apôtre Paul proclama que Dieu « a fait que tous les hommes, sortis d’un seul sang, habitent sur toute la surface de la terre » (Ac 17, 26). De même, dans la maison du centurion Corneille, l’apôtre Pierre confessa : «En vérité, je reconnais que Dieu ne fait point acception de personnes » (Ac 10, 34). Dans son épître aux Galates, Paul exprime cette même vérité en termes ecclésiaux : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ » (Ga 3, 28). Ces paroles furent adressées à des communautés vivant dans une société où la distinction entre esclaves et hommes libres structurait profondément les rapports humains et régissait la vie quotidienne. En affirmant leur unité en Christ, l’apôtre proclamait ainsi une dignité commune qui transcende les catégories et les hiérarchies de ce monde.
Le Christ ouvre Ses bras pour embrasser tous ceux qui viennent à Lui. Il n’a jamais demandé à personne « qui es-tu ? ». Quiconque a voulu Son amour l’a reçu, et nous le savons d’autant mieux au travers de l’Évangile. Sa parole, nous la connaissons : « celui qui vient à moi, je ne le jetterai point dehors » (Jn 6, 37). La question des origines surgit dès la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, au puits de Jacob. Saisie d’étonnement, elle Lui demande : « Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? » (Jn 4, 9). Mais le Seigneur ne s’arrête pas à la frontière qui les sépare : Il lui parle de l’eau vive et lui ouvre un chemin vers une vérité qui dépasse les divisions de son temps. À Capharnaüm, Il s’émerveille de la foi d’un centurion, officier d’une armée étrangère, et déclare à ceux qui Le suivent : « Je vous le dis en vérité, même en Israël je n’ai pas trouvé une aussi grande foi » (Mt 8, 10). À Jéricho, Il lève les yeux vers Zachée, le chef des publicains que tous condamnent, perché sur un sycomore, et l’appelle par son nom : « Zachée, hâte-toi de descendre ; car il faut que je demeure aujourd’hui dans ta maison » (Lc 19, 5). Et lorsque le légiste Lui demande qui est son prochain, Jésus lui raconte l’histoire d’un Samaritain, un étranger, dont la compassion devient la mesure de l’amour véritable. Puis Il retourne la question : « Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? » (Lc 10, 36).
Cette ouverture à l’autre, qui traverse tout l’Évangile, trouve son accomplissement sur la Croix. Le Seigneur y étend les bras pour embrasser l’humanité tout entière, accomplissant ainsi la parole qu’Il avait prononcée : « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12, 32). L’Évangéliste précise qu’Il parlait ainsi « pour indiquer de quelle mort il devait mourir » (Jn 12, 33). Dans les bras ouverts du Crucifié se révèle ainsi l’amour de Dieu, qui ne connaît aucune exclusion et appelle chaque être humain, par-delà toutes les frontières, à entrer dans la communion avec Lui.
Dans la parabole du Jugement dernier, le critère est unique, et il est formulé de la manière la plus simple et la plus directe : une assiette de nourriture, un verre d’eau, un vêtement, une visite au malade ou au prisonnier. Le Seigneur s’identifie à l’affamé et à l’étranger sans rien demander de leur foi ou de leur origine, et dit : « toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites » (Mt 25, 40). L’évangéliste Jean l’a condensé en une seule phrase, « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8), et un peu plus loin il a ajouté, avec une sévérité qui ne laisse aucun doute, que celui qui dit aimer Dieu et hait son frère est un menteur (1 Jn 4, 20). C’est pourquoi l’Église orthodoxe rejoint sans hésitation le langage des droits de l’homme, tel qu’il a été formulé dans la Déclaration universelle de 1948 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».[14] La théologie orthodoxe de la personne et de la communion déifiante entre Dieu et l’humanité offre à ce langage un fondement solide et une profondeur intérieure, qui l’empêchent de se réduire à la simple affirmation d’un individu autonome et autosuffisant.[15] Notre propre histoire nous l’enseigne : une Église qui vit en situation de minorité apprend à mesurer toute la valeur de la liberté religieuse et à la réclamer pour autrui avec la même détermination que pour elle-même. Nous défendons la dignité de l’enfant réfugié comme celle de la personne âgée, celle de l’homme d’une autre foi comme celle de celui qui ne croit pas, avec une égale sollicitude, car nous reconnaissons en chacun la même image de Dieu. Dans un monde globalisé, qui suscite chez les uns l’enthousiasme et chez les autres l’inquiétude, la vision œcuménique de l’orthodoxie offre une voie de compréhension et d’espérance : elle nous invite à élargir notre regard jusqu’à embrasser la terre entière, sans jamais perdre de vue le visage de chaque être humain. [16’
Voilà ce que nous souhaitions partager avec vous aujourd’hui, du Phanar à Assise, en évoquant ces trente-cinq années que nous confions à la miséricorde de Dieu. Nous renouvelons notre gratitude au Forum, ainsi qu’à chacune et chacun d’entre vous, pour votre affection et votre bienveillante attention.
_____________
1. Jean-Paul II, « Ai rappresentanti delle Chiese cristiane e comunità ecclesiali e delle religioni mondiali riuniti nella Piazza inferiore della Basilica di S. Francesco in Assisi », Assise, 27 octobre 1986, https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/it/speeches/1986/october/documents/hf_jp-ii_spe_19861027_prayer-peace-assisi-final.html.
2. Saint-Siège, « Visit to Assisi for the World Day of Prayer for Peace “Thirst for peace: faiths and cultures in dialogue” », Assise, 20 septembre 2016, programme de la visite, https://www.vatican.va/content/francesco/en/travels/2016/inside/documents/papa-francesco-assisi-giornata-preghiera-pace_2016.html.
3. Penitenzieria Apostolica, « Decreto della Penitenzieria Apostolica in occasione dell’ottavo centenario della morte di San Francesco d’Assisi », Rome, 10 janvier 2026, Bollettino della Sala Stampa della Santa Sede, n° 0041, 16 janvier 2026, https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2026/01/16/0041.pdf.
4. John D. Zizioulas, Being as Communion: Studies in Personhood and the Church, Crestwood (N.Y.), St Vladimir’s Seminary Press, 1993, https://colectivo.uloyola.es/Record/T145392.
5. Ἁγία καὶ Μεγάλη Σύνοδος τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας, Ἐγκύκλιος τῆς Ἁγίας καὶ Μεγάλης Συνόδου τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας, Crète, 2016, introduction, https://www.holycouncil.org/encyclical-holy-council_el.
6. Yves Congar, After Nine Hundred Years: The Background of the Schism Between the Eastern and Western Churches, New York, Fordham University Press, 1959 (réimpr. 1998), https://fordhampress.com/after-nine-hundred-years-pb-9780823218578.html.
7. Ἁγία καὶ Μεγάλη Σύνοδος τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας, « Σχέσεις τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας πρὸς τὸν λοιπὸν χριστιανικὸν κόσμον », Crète, 2016, paragraphe final, https://www.holycouncil.org/rest-of-christian-world_el.
8. Appeal of Conscience Foundation, « The Bosphorus Declaration », Constantinople, 9 février 1994, https://appealofconscience.org/bosphorus-declaration/.
9. Ἁγία καὶ Μεγάλη Σύνοδος τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας, « Μήνυμα τῆς Ἁγίας καὶ Μεγάλης Συνόδου τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας », Crète, 2016, § 4, https://www.holycouncil.org/message_el.
10. Ecumenical Patriarch Bartholomew, On Earth as in Heaven: Ecological Vision and Initiatives of Ecumenical Patriarch Bartholomew, éd. John Chryssavgis, Bronx (N.Y.), Fordham University Press, 2011, p. 23–64, https://muse.jhu.edu/book/16367.
11. Pape François, Encyclical Letter Laudato si’ of the Holy Father Francis on Care for Our Common Home, Cité du Vatican, 24 mai 2015, § 8 et n. 15–16, https://www.vatican.va/content/dam/francesco/pdf/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si_en.pdf.
12. Βαρθολομαῖος, Οἰκουμενικὸς Πατριάρχης, « Μήνυμα της Α. Θ. Παναγιότητος του Οικουμενικού Πατριάρχου για αρχή της Ινδίκτου (2026) », Phanar, 1er septembre 2026, https://ec-patr.org/29/08/14/25/minyma-tis-a-th-panagiotitos-toy-oikoym-9/.
13. Ἁγία καὶ Μεγάλη Σύνοδος τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας, « Ἡ ἀποστολὴ τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας ἐν τῷ συγχρόνῳ κόσμῳ », Crète, 2016, E, 2, https://www.holycouncil.org/mission-orthodox-church-todays-world_el.
14. United Nations, Universal Declaration of Human Rights, Paris, 10 décembre 1948, article 1, https://www.un.org/en/about-us/universal-declaration-of-human-rights.
15. Aristotle Papanikolaou, The Mystical as Political: Democracy and Non-Radical Orthodoxy, Notre Dame (Ind.), University of Notre Dame Press, 2012, p. 87–130, https://muse.jhu.edu/book/17306.
16. Anastasios Yannoulatos, Facing the World: Orthodox Christian Essays on Global Concerns, Geneva, WCC Publications, 2003, https://search.ub.tum.de/vufind/Record/DE-604.BV017685963.
Bibliographie
- Appeal of Conscience Foundation, « The Bosphorus Declaration », Constantinople, 9 février 1994, https://appealofconscience.org/bosphorus-declaration/.
- Bartholomew, Ecumenical Patriarch, On Earth as in Heaven: Ecological Vision and Initiatives of Ecumenical Patriarch Bartholomew, éd. John Chryssavgis, Bronx (N.Y.), Fordham University Press, 2011, https://muse.jhu.edu/book/16367.
- Congar, Yves, After Nine Hundred Years: The Background of the Schism Between the Eastern and Western Churches, New York, Fordham University Press, 1959 (réimpr. 1998), https://fordhampress.com/after-nine-hundred-years-pb-9780823218578.html.
- François, pape, Encyclical Letter Laudato si’ of the Holy Father Francis on Care for Our Common Home, Cité du Vatican, 24 mai 2015, https://www.vatican.va/content/dam/francesco/pdf/encyclicals/documents/papa-francesco_20150524_enciclica-laudato-si_en.pdf.
- Jean-Paul II, pape, « Ai rappresentanti delle Chiese cristiane e comunità ecclesiali e delle religioni mondiali riuniti nella Piazza inferiore della Basilica di S. Francesco in Assisi », Assise, 27 octobre 1986, https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/it/speeches/1986/october/documents/hf_jp-ii_spe_19861027_prayer-peace-assisi-final.html.
- Papanikolaou, Aristotle, The Mystical as Political: Democracy and Non-Radical Orthodoxy, Notre Dame (Ind.), University of Notre Dame Press, 2012, https://muse.jhu.edu/book/17306.
- Penitenzieria Apostolica, « Decreto della Penitenzieria Apostolica in occasione dell’ottavo centenario della morte di San Francesco d’Assisi », Rome, 10 janvier 2026, Bollettino della Sala Stampa della Santa Sede, n° 0041, 16 janvier 2026, https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2026/01/16/0041.pdf.
- Saint-Siège, « Visit to Assisi for the World Day of Prayer for Peace “Thirst for peace: faiths and cultures in dialogue” », Assise, 20 septembre 2016, https://www.vatican.va/content/francesco/en/travels/2016/inside/documents/papa-francesco-assisi-giornata-preghiera-pace_2016.html.
- United Nations, Universal Declaration of Human Rights, Paris, 10 décembre 1948, https://www.un.org/en/about-us/universal-declaration-of-human-rights.
- Yannoulatos, Anastasios, Facing the World: Orthodox Christian Essays on Global Concerns, Geneva, WCC Publications, 2003, https://search.ub.tum.de/vufind/Record/DE-604.BV017685963.
- Zizioulas, John D., Being as Communion: Studies in Personhood and the Church, Crestwood (N.Y.), St Vladimir’s Seminary Press, 1993, https://colectivo.uloyola.es/Record/T145392.
- Ἁγία καὶ Μεγάλη Σύνοδος τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας, Ἐγκύκλιος τῆς Ἁγίας καὶ Μεγάλης Συνόδου τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας, Crète, 2016, https://www.holycouncil.org/encyclical-holy-council_el.
- Ἁγία καὶ Μεγάλη Σύνοδος τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας, « Ἡ ἀποστολὴ τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας ἐν τῷ συγχρόνῳ κόσμῳ », Crète, 2016, https://www.holycouncil.org/mission-orthodox-church-todays-world_el.
- Ἁγία καὶ Μεγάλη Σύνοδος τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας, « Μήνυμα τῆς Ἁγίας καὶ Μεγάλης Συνόδου τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας », Crète, 2016, https://www.holycouncil.org/message_el.
- Ἁγία καὶ Μεγάλη Σύνοδος τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας, « Σχέσεις τῆς Ὀρθοδόξου Ἐκκλησίας πρὸς τὸν λοιπὸν χριστιανικὸν κόσμον », Crète, 2016, https://www.holycouncil.org/rest-of-christian-world_el.
- Βαρθολομαῖος, Οἰκουμενικὸς Πατριάρχης, « Μήνυμα της Α. Θ. Παναγιότητος του Οικουμενικού Πατριάρχου για αρχή της Ινδίκτου (2026) », Phanar, 1er septembre 2026, https://ec-patr.org/29/08/14/25/minyma-tis-a-th-panagiotitos-toy-oikoym-9/.
____________
photo: Nicholas Papachristou








Δεν υπάρχουν σχόλια:
Δημοσίευση σχολίου