e-περιοδικό της Ενορίας Μπανάτου εν Ζακύνθω. Ιδιοκτήτης: Πρωτοπρεσβύτερος του Οικουμενικού Θρόνου Παναγιώτης Καποδίστριας (pakapodistrias@gmail.com), υπεύθυνος Γραφείου Τύπου Ι. Μητροπόλεως Ζακύνθου. Οι δημοσιογράφοι δύνανται να αντλούν στοιχεία, αφορώντα σε εκκλησιαστικά δρώμενα της Ζακύνθου, με αναφορά του συνδέσμου των αναδημοσιευόμενων. Η πνευματική ιδιοκτησία προστατεύεται από τον νόμο 2121/1993 και την Διεθνή Σύμβαση της Βέρνης, κυρωμένη από τον νόμο 100/1975.

Παρασκευή 16 Οκτωβρίου 2026

Du dixième anniversaire du Saint et Grand Concile à la conférence de Chantilly et aux épreuves de l’unité ecclésiale

Par le protopresbytre du Trône œcuménique PANAGIOTIS KAPODISTRIAS

En juin dernier, à l’occasion du dixième anniversaire du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe, qui s’est tenu à Kolymbari, en Crète, en 2016, j’ai eu l’occasion de présenter publiquement quelques réflexions sur la portée de cet événement historique. Mon article, intitulé « Dix ans après le Saint et Grand Concile de Crète », a également été publié dans la presse ecclésiastique hellénophone d’Australie.[1] Je m’étais alors principalement attaché à l’audace que représentait la convocation du Concile, à la contribution historique du Patriarche œcuménique Bartholomée et à l’héritage que cette assemblée a légué au monde orthodoxe contemporain.

Je reviens sur ce même sujet quelques mois plus tard, à l’occasion de la conférence théologique internationale qui s’est tenue à Chantilly, en France, du 5 au 8 octobre 2026. Cette nouvelle réflexion procède d’un point de départ différent. Ce qui retient désormais davantage mon attention, c’est ce qui a suivi le Concile de Crète, les questions demeurées en suspens et, surtout, la capacité de l’Orthodoxie à faire d’un événement conciliaire majeur une manière durable de vivre la réalité ecclésiale. Après tout, la valeur d’un concile se mesure aussi à ce qu’il parvient à faire naître après la clôture de ses travaux.

La Crète, point de départ et chantier inachevé

Le Saint et Grand Concile s’est réuni au terme de nombreuses années de préparation, avec la participation de dix Églises orthodoxes autocéphales. Leur présence, la célébration liturgique commune et les travaux conciliaires ont constitué un témoignage significatif d’unité. Quatre Églises étaient toutefois absentes : celles d’Antioche, de Russie, de Bulgarie et de Géorgie. Chacune invoquait des raisons différentes, allant de questions de juridiction ecclésiastique demeurées sans solution à des réserves théologiques et procédurales.

Il serait injuste de négliger la portée de ces absences. Mais il serait tout aussi injuste de sous-estimer ce qui a été accompli. La réunion de Crète a été un véritable concile, doté d’une œuvre substantielle, tout en révélant les limites de la coopération panorthodoxe dans sa forme actuelle. Le fait qu’une Église puisse renoncer à participer à une assemblée commune en invoquant l’absence d’autres Églises soulève une question qui dépasse les seules modalités d’organisation : comment la conciliarité peut-elle fonctionner lorsque la recherche de l’unanimité aboutit à l’immobilisme ?

À cet égard, je continue de considérer comme décisive l’initiative du Patriarche œcuménique Bartholomée. Reprenant un processus préparatoire engagé sous ses prédécesseurs, il a conduit l’entreprise conciliaire jusqu’à sa réalisation, assumant le poids d’une décision historique difficile. Sa persévérance a constitué un acte de responsabilité envers la vie commune de l’Orthodoxie.

Aujourd’hui, cependant, la question centrale s’est déplacée. Le Concile de Crète a eu lieu. Quelle suite lui donner ? Les rencontres conciliaires peuvent-elles acquérir stabilité et continuité ? Les Églises peuvent-elles débattre de leurs divergences avant que celles-ci ne se transforment en ruptures ?

L’autocéphalie et la tentation de l’autosuffisance

L’un des problèmes les plus profonds mis en lumière au cours de la décennie qui a suivi le Concile concerne le rapport entre l’autocéphalie et l’unité de l’Église. L’autocéphalie possède des fondements historiques et canoniques. Elle est liée à la capacité d’une Église locale à organiser sa vie interne et à répondre aux besoins pastoraux de ses fidèles. Sa valeur présuppose toutefois la communion avec les autres Églises.

Le regretté métropolite Jean Zizioulas de Pergame a apporté une contribution décisive à la compréhension contemporaine de ce rapport. Dans sa pensée théologique, l’Église est une communion de personnes centrée sur l’Eucharistie. L’unité est constitutive de l’existence ecclésiale elle-même. C’est pourquoi la transformation de l’autocéphalie en une forme d’autosuffisance ecclésiale — ce que l’on appelle l’« autocéphalisme » — constitue une grave altération de l’éthos conciliaire.

Lors de la conférence en France, l’évêque Maxime du Patriarcat de Serbie, en évoquant l’héritage théologique du métropolite de Pergame, a remis cette problématique au premier plan. Il est en effet remarquable de constater combien la pensée de Zizioulas demeure actuelle. L’Orthodoxie contemporaine comprend de nombreuses Églises autocéphales, mais leur unité doit aussi se manifester à travers des responsabilités partagées, des décisions communes et une réponse collective aux crises.

La difficulté s’accroît lorsque les désaccords ecclésiastiques s’entremêlent aux ambitions nationales ou aux objectifs des États. Le langage de la foi risque alors d’être employé à des fins étrangères à la mission de l’Église. Et la conciliarité, au lieu de guérir les divisions, cède devant la puissance des rivalités.

La blessure ukrainienne et la responsabilité de Moscou

La crise ecclésiastique en Ukraine a rendu ces difficultés particulièrement aiguës. La rupture de la communion eucharistique décidée par le Patriarcat de Moscou à l’égard du Patriarcat œcuménique, en octobre 2018, ainsi que l’octroi de l’autocéphalie à l’Église orthodoxe d’Ukraine, en 2019, ont mis en évidence des conceptions divergentes de la primauté, de la juridiction et des modalités de prise de décision au sein de l’Église orthodoxe.

La guerre déclenchée par l’invasion russe de février 2022 a ajouté à cette épreuve ecclésiale une tragédie humaine d’une immense ampleur. Dans ces circonstances, la position publique adoptée par le Patriarche Cyrille de Moscou a suscité une profonde tristesse et de graves interrogations théologiques. Associer le témoignage ecclésial à la justification de la force militaire creuse un fossé douloureux entre l’Évangile de paix et l’image publique de l’Église.

Une distinction s’impose ici. La responsabilité de certains dirigeants ecclésiastiques concerne leurs propres décisions et leurs prises de parole. Les fidèles orthodoxes russes, avec leur tradition spirituelle multiséculaire, leurs saints, leurs martyrs et tous ceux qui s’efforcent de demeurer fidèles à leur conscience, méritent notre respect et notre amour fraternel. La critique des décisions de Moscou peut, et doit même, coexister avec la prière pour le rétablissement de la communion ecclésiale.

Je me demande également combien la situation serait différente aujourd’hui si davantage de voies de dialogue panorthodoxe avaient pu être préservées. L’histoire autorise peu de certitudes quant à ce qui aurait pu advenir. Elle nous permet cependant de mesurer le coût d’un éloignement prolongé.

La conférence en France et la nécessité de l’autocritique

À mes yeux, la conférence de Chantilly revêt une valeur particulière parce qu’elle a abordé le Saint et Grand Concile comme un événement qui continue d’appeler un approfondissement théologique. Un concile appartient à la tradition vivante de l’Église, au sein de laquelle ses textes sont étudiés, interprétés et mis à l’épreuve de la pratique.

Les observations du métropolite Job de Pisidie ont été particulièrement importantes. Sa réflexion sur les formulations concernant les relations de l’Orthodoxie avec le reste du monde chrétien a montré que certaines questions ecclésiologiques demandent encore à être clarifiées. De même, ses remarques relatives à la théologie de la personne humaine et aux différences entre les dispositions pastorales des Églises autocéphales ont touché à des sujets directement liés à la vie quotidienne des fidèles.

C’est là, me semble-t-il, que réside l’une des conclusions les plus fécondes des discussions commémoratives : rendre hommage au Concile de Crète est pleinement compatible avec une étude critique de ses décisions. Reconnaître son importance historique nous permet d’examiner avec franchise ses insuffisances, les compromis auxquels il a donné lieu et les questions demeurées ouvertes.

Les six documents conciliaires portent, en effet, sur des questions d’une importance considérable : le jeûne, le mariage, l’autonomie, la diaspora orthodoxe, les relations avec le monde chrétien et la mission de l’Église dans la société contemporaine. Mais dans quelle mesure ont-ils influencé la pratique ? Jusqu’à quel point ont-ils fait l’objet d’une étude approfondie au sein des Églises locales ? Et dans quelle mesure sont-ils parvenus jusqu’aux paroisses ?

Des salles conciliaires à la paroisse de province

Ici, à Vanato, sur l’île de Zante, dans une paroisse située à l’extrémité sud-ouest de la Grèce, la distance qui nous sépare des grandes salles conciliaires peut sembler, à première vue, considérable. Et pourtant, la vie de l’Église est une. La personne qui vient dans notre église pour allumer un cierge, prier pour sa famille ou chercher une consolation au milieu d’une épreuve personnelle appartient au même corps ecclésial dont les primats et les hiérarques débattent de la vie.

Je me demande souvent ce que cette personne sait du Concile de Crète. Que lui avons-nous expliqué, nous autres membres du clergé ? Dans quelle mesure nous sommes-nous efforcés de traduire dans le langage de la pastorale quotidienne les grandes notions théologiques d’unité, de conciliarité et de communion ecclésiale ?

Notre responsabilité est bien réelle. La conciliarité doit aussi être cultivée au sein de la paroisse : dans la manière dont le prêtre chargé de la paroisse dialogue avec ses collaborateurs, écoute les personnes, respecte la diversité de leurs besoins et œuvre à leur croissance spirituelle commune. L’unité ecclésiale commence à devenir perceptible là où les hommes apprennent à vivre ensemble dans l’amour et le respect mutuel.

Peut-être même les petites paroisses de province ont-elles quelque chose d’essentiel à rappeler aux grandes assemblées ecclésiastiques : l’unité est un exercice spirituel quotidien. Elle se cultive par la patience, les relations personnelles, le pardon et la disponibilité à écouter autrui. Ce qui est formulé dans les conciles est appelé à prendre chair dans ces humbles rencontres humaines.

Le prochain Concile : une épreuve de cohérence

À Chantilly, une question a également été soulevée, qui mérite de demeurer présente à notre conscience : quand aura lieu le prochain Saint et Grand Concile ?

Le Message du Concile de Crète exprimait l’intention de poursuivre la démarche conciliaire par la convocation régulière d’assemblées semblables. Dix ans plus tard, cette perspective se heurte à de sérieuses difficultés dans les relations interorthodoxes. La nécessité demeure néanmoins. Les questions en suspens concernant l’autocéphalie, la diaspora, la primauté et les relations entre les Églises locales exigent un travail patient et systématique.

La responsabilité historique du Patriarcat œcuménique dans la coordination de la vie panorthodoxe revêt ici une importance particulière. En 2016, le Patriarche Bartholomée a montré qu’une grande initiative ecclésiale pouvait être entreprise même dans des circonstances défavorables. La période à venir sera jugée à l’aune de la capacité à poursuivre cet effort, en recherchant la participation la plus large possible et en demeurant fermement attaché à la communion ecclésiale.

Dans mon premier article commémoratif, j’avais souhaité rendre hommage à l’événement de Crète et à son héritage. Aujourd’hui, après la conférence en France, et l’esprit tourné vers les blessures de l’Orthodoxie contemporaine, je ressens plus vivement le besoin de parler de la responsabilité qui découle de cet événement. Le Concile a eu lieu. Ses textes existent. Sa place dans l’histoire commence déjà à se dessiner. Ce qui nous importe désormais, c’est la suite.

Je me souviens des paroles apostoliques : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé » (Ac 15, 28). Quelle humilité faut-il à une assemblée ecclésiale pour pouvoir prononcer de telles paroles ! Et quelle responsabilité pour demeurer fidèle à leur signification !

Voilà, finalement, ce que je souhaite voir naître comme fruit le plus profond de la décennie écoulée depuis la Crète : le désir de nous retrouver comme des frères et des sœurs, avec nos difficultés, nos expériences historiques différentes et nos blessures encore ouvertes. Puissions-nous redécouvrir ce qui nous unit dans le même Calice eucharistique et travailler avec persévérance à surmonter ce qui continue de nous diviser.

Le prochain Saint et Grand Concile aura assurément sa propre date. Sa préparation, toutefois, commence dès maintenant, au cœur même de l’Église.


Référence bibliographique

[1] Panagiotis Kapodistrias, « Dix ans après le Saint et Grand Concile de Crète » [en grec], To Vima tis Ekklisias (La Tribune de l’Église), Australie, 29 juin 2026, publication en ligne : https://greek.vema.com.au/2026/06/29/deka-chronia-apo-tin-agia-kai-megali-synodo-tis-kritis/.

Δεν υπάρχουν σχόλια: